Syndrome de Wilkie et Perforation Gastrique : Étude d’un Cas Exceptionnel traité par le Dr YASSINE

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International Journal of Case Reports in Surgery 2024 ; 6(1) : 21-24
E-ISSN : 2708-1508 | P-ISSN : 2708-1494
Site web : www.casereportsurgery.com
Reçu le : 18-01-2024 | Accepté le : 26-02-2024
Syndrome de Wilkie,Perforation gastrique sur syndrome de l’artère mésentérique supérieure : un cas exceptionnel et un traitement en deux étapes
Auteur : Mohamed Yassine
Route de Rabat Km 17 BP 398, Gzenaya, Tanger, 90000, Maroc.
RÉSUMÉ (Abstract)
Le syndrome de l’artère mésentérique supérieure (SAMS) résulte d’une compression de la troisième portion du duodénum entre l’artère mésentérique supérieure et l’aorte. Il provoque une occlusion intestinale haute, aiguë ou chronique.
Nous rapportons le cas d’une femme marocaine de 37 ans, sans antécédents particuliers, admise pour un tableau de contracture abdominale avec sepsis. Le scanner abdominal a confirmé une perforation gastrique sur une « pince » aorto-mésentérique. Le traitement a consisté en un contrôle initial des dégâts (damage control) suivi d’une anastomose gastro-entérique après stabilisation hémodynamique.
Mots-clés : Syndrome de l’artère mésentérique supérieure, perforation gastrique, damage control.
INTRODUCTION
La gravité du SAMS réside dans son contexte extrêmement rare, entraînant parfois un retard diagnostique et thérapeutique [1], ainsi que des risques liés à la pathologie sous-jacente [2, 3]. Le syndrome de Wilkie se manifeste principalement par des vomissements. Sa physiopathologie s’explique par le rétrécissement de l’espace entre l’artère mésentérique supérieure et l’aorte, suite à une diminution de la graisse périvasculaire pour diverses causes. Si la présentation clinique est généralement chronique, une perforation gastrique immédiate reste un cas tout à fait exceptionnel. Le traitement repose sur la sonde nasogastrique, la réhydratation, la renutrition et, en cas d’échec, la chirurgie.
RAPPORT DE CAS (Case Report)
Il s’agit d’une patiente de 37 ans, sans antécédents spécifiques, ayant consulté pour une douleur abdominale aiguë associée à des vomissements incoercibles. Le tableau évoluait dans un contexte d’altération de l’état général.
Examen clinique à l’admission :
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Patiente consciente.
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Température corporelle : 38,5 °C.
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Fréquence Cardiaque : 120 bpm (tachycardie).
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Pression Artérielle : 90/60 mmHg.
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Fréquence Respiratoire : 28 cpm (tachypnée).
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L’examen de l’abdomen a révélé une défense généralisée (signe de péritonite).
Bilan Biologique :
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Leucocytose à PNN (15 000).
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Hémoglobine : 14 g/dL.
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Bilan d’hémostase correct.
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Insuffisance rénale fonctionnelle (Urée = 1,6 g/L, Créatinine = 36 mg/L).
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CRP : 242 mg/L (syndrome inflammatoire sévère).
Imagerie Médicale (Scanner abdominal injecté) :
Après avis néphrologique, un scanner a été réalisé, révélant :
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Une occlusion intestinale haute (distension œsophagienne et gastro-duodénale importante, l’estomac descendant jusqu’à la région hypogastrique et un segment D2 mesurant 53 mm).
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Un syndrome de l’artère mésentérique supérieure (SAMS) probable.
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Complication par une péritonite sur perforation gastrique (solution de continuité de la petite courbure, épanchement de moyenne abondance et contraste péritonéal) (Figure 1).
Figure 1 : Coupe axiale d’un scanner abdominal injecté montrant une distension gastro-duodénale massive associée à un pneumopéritoine (signe de perforation).
L’angle mesuré entre l’aorte et l’artère mésentérique supérieure (AMS) est de 18,2°, et la distance entre ces deux structures vasculaires est de seulement 3 mm (Figure 2).
(Note : Ces mesures extrêmement réduites confirment de manière indiscutable la compression du duodénum).

Figure 2 : Coupe frontale d’un scanner abdominal injecté montrant les calculs de l’angle et de la distance entre l’aorte et l’artère mésentérique supérieure (AMS), ainsi que la distension gastrique majeure.
Notre stratégie a consisté à emmener la patiente au bloc opératoire dès que son état a été stabilisé. L’exploration per-opératoire a révélé des perforations au niveau du corps gastrique (Figure 3).
[FIGURE 3 – À INSÉRER ICI : PHOTO DE CHIRURGIE]
Figure 3 : Image per-opératoire montrant la perforation sur le corps de l’estomac.
Nous avons réalisé un contrôle initial des dégâts (damage control) comprenant un lavage péritonéal, une suture des perforations et un drainage, en raison de l’instabilité hémodynamique de la patiente durant l’intervention.
Après 24 heures de réanimation, la patiente a été reprise au bloc pour une gastrectomie subtotale avec une anastomose en Oméga sur le moignon gastrique restant.
L’évolution clinique et biologique a été favorable. La patiente a pu quitter l’hôpital après 10 jours d’hospitalisation.
L’examen anatomopathologique a conclu à une gastrite interstitielle antro-fundique chronique, d’activité modérée, de caractère folliculaire, non atrophique, avec présence d’Helicobacter Pylori (HP+) et absence de signes de malignité. La patiente a été mise sous traitement par Pylera. Les contrôles par sérologie et test respiratoire ont confirmé l’éradication de l’HP.
DISCUSSION
Le syndrome de la pince mésentérique, syndrome de Wilkie, ou syndrome de l’artère mésentérique supérieure (SAMS), est une entité rare survenant préférentiellement chez les patients jeunes âgés de 17 à 39 ans, de sexe féminin [2, 3]. Sa prévalence est estimée entre 0,013 % et 0,78 % [3]. Sa physiopathologie s’explique par le rétrécissement de l’espace entre l’artère mésentérique supérieure (AMS) et l’aorte (moins de 8 mm et un angle inférieur à 20°), suite à une diminution de la graisse périvasculaire due à une malnutrition sévère, un hypercatabolisme, une chirurgie de déformation vertébrale, une traction mésentérique ou des variantes anatomiques du ligament de Treitz ou de l’origine de l’AMS [4, 5].
L’expression clinique peut prendre deux formes : chronique (92 %) et aiguë (7 %) [4], caractérisée par des vomissements, des épigastralgies et une perte de poids [3]. La forme aiguë réalise une occlusion haute sévère avec une expansion gastrique aiguë pouvant engager le pronostic vital [3]. Le diagnostic repose sur le scanner CT, qui permet une mesure précise de l’espace et de l’angle aorto-mésentérique [6].
Le traitement du SAMS est principalement médical et consiste en la pose d’une sonde nasogastrique, la mise du patient en position latérale gauche, la compensation des troubles hydro-électrolytiques et l’établissement d’une renutrition hypercalorique double (entérale et parentérale) [2-7]. Le traitement chirurgical ne doit être envisagé qu’après échec du traitement médical [1, 9]. Plusieurs techniques existent, comme l’intervention de Strong, mais l’anastomose duodéno-jéjunale ou gastro-jéjunale reste l’intervention de choix chez l’adulte [10]. Le damage control est applicable dans toute situation où l’état per-opératoire du patient menace son pronostic vital [11].
CONCLUSION
Le syndrome de l’artère mésentérique supérieure est une pathologie rare et parfois méconnue. Le test diagnostique clé est le scanner abdominal injecté. Le traitement médical est l’option de première intention. En cas d’échec, le traitement chirurgical doit être envisagé, sans négliger le principe du damage control, qui peut être un outil efficace pour gérer les patients présentant une instabilité hémodynamique sévère.
INFORMATIONS COMPLÉMENTAIRES
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Contributions des auteurs : Tous les auteurs ont activement participé à la rédaction, à la révision du manuscrit et ont approuvé cette version finale.
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Consentement éclairé : Un consentement éclairé écrit a été obtenu de la part de la patiente.
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Conflit d’intérêts : Les auteurs déclarent n’avoir aucun conflit d’intérêts.
RÉFÉRENCES (1 à 7)
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Lien : http://emedicine.medscape.com/article/932220-treatment -
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Emmanuel Hornez et al. (2017). La chirurgie de « damage control » : Principes, indications et variations.
DOI : https://doi.org/10.1016/j.anrea.2017.07.004
Comment citer cet article
Mohamed Y. Perforation gastrique sur syndrome de l’artère mésentérique supérieure : un cas exceptionnel et un traitement en deux étapes. International Journal of Case Reports in Surgery. 2024 ; 6(1) : 21-24.
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