Rupture spontanée de la rate : Étude d’un cas clinique et traitement non-chirurgical – Dr YASSINE

Figure2-2.png

 

📥 TÉLÉCHARGER LA PUBLICATION ORIGINALE (ANGLAIS)

International Journal of Case Reports in Surgery 2024 ; 6(1) : 25-26
E-ISSN : 2708-1508 | P-ISSN : 2708-1494
Site web : www.casereportsurgery.com
Reçu le : 24-01-2024 | Accepté le : 28-02-2024

Rupture spontanée de la rate : une cause inattendue et un traitement spécifique

Auteur : Mohamed Yassine
Route de Rabat Km 17 BP 398, Gzenaya, Tanger, 90000, Maroc.


RÉSUMÉ (Abstract)

Les ruptures non traumatiques (ou spontanées) de la rate (RNTR) sont difficiles à diagnostiquer et potentiellement mortelles. Les causes peuvent être d’origine infectieuse, tumorale ou hématologique. Le traitement classique demeure la splénectomie (ablation de la rate), mais plusieurs études récentes ont mis en évidence les bénéfices du traitement conservateur.

Nous rapportons le cas d’un jeune homme de 32 ans présentant une rupture spontanée de la rate lors d’une infection primaire par le virus d’Epstein-Barr (EBV), contrôlée avec succès par embolisation de l’artère splénique sous anesthésie locale. Cela a permis d’éviter une splénectomie d’urgence.

Mots-clés : AAST, non-traumatique, hémopéritoine, traitement non chirurgical.


INTRODUCTION

La gravité des RNTR reflète leur contexte extrêmement rare, entraînant parfois un retard diagnostique et thérapeutique [1], ainsi que des risques liés à la pathologie sous-jacente [2, 3]. Elles peuvent survenir sur une rate normale ou pathologique. Bien que le traitement consiste souvent en une splénectomie, l’avènement de la radiologie interventionnelle et les progrès de la réanimation permettent aujourd’hui de pratiquer de plus en plus la conservation splénique [4].


OBSERVATION

Il s’agit d’un homme de 32 ans, aux antécédents de sleeve gastrectomie réalisée il y a 5 ans, ayant consulté aux urgences pour une douleur abdominale diffuse d’apparition soudaine, accompagnée d’une fièvre à 38,5 °C.

À l’examen clinique :

  • Pression Artérielle Moyenne (PAM) : 58 mmHg (signe de choc).

  • Fréquence Cardiaque (Fc) : 110 bpm (tachycardie).

  • Saturation (SpO2) : 97 % à l’air ambiant.

  • Défense abdominale généralisée.

Bilan Biologique :

  • Hémoglobine (Hb) : 8,5 g/dL (anémie).

  • Globules blancs (Gb) : 7,5 G/L.

  • Protéine C-réactive (CRP) : 75 mg/L.

Imagerie Médicale :
Un scanner abdomino-pelvien (TDM) a été réalisé en urgence, révélant :

  • Un hémopéritoine sur une fracture splénique de grade III selon la classification AAST.

  • Un hématome intraparenchymateux mesurant entre 105 et 89 mm.

  • Un hématome sous-capsulaire.

  • Un hémopéritoine d’abondance modérée, sans saignement actif visible (Figure 1).


Scanner rupture spontanée de la rate Dr Yassine Tanger

Figure 1 : Scanner abdominal avec injection, coupe axiale : rupture d’un hématome sous-capsulaire splénique et hémopéritoine (Grade AAST 3).


Auteur correspondant : Mohamed Yassine
Route de Rabat Km 17 BP 398, Gzenaya, Tanger, 90000, Maroc.

International Journal of Case Reports in Surgery
Site web : http://www.casereportsurgery.com


La conduite à tenir a consisté à réaliser une embolisation par coils de l’artère splénique dans sa partie proximale sous anesthésie locale (Figure 2), accompagnée d’une transfusion sanguine.


Embolisation artère splénique par coil chirurgie Tanger
Figure 2 : Scanner abdominal sans injection (C-) en coupe axiale : visualisation d’un coil à l’origine de l’artère splénique.


Les suites post-opératoires ont été simples. Un angioscanner de contrôle réalisé le lendemain a montré : des signes d’embolisation splénique avec un infarctus d’environ 75 % de la rate. Aucune augmentation notable de l’hématome sous-capsulaire ou de l’hémopéritoine diffus n’a été observée.

La recherche étiologique était en faveur d’une mononucléose infectieuse à virus EBV (sérologie EBV positive, confirmant une primo-infection : IgM VCA positive, IgG VCA et IgG EBNA négatives).
Le patient a quitté l’établissement hospitalier au 15ème jour sous traitement antalgique et mesures de prévention contre les infections.


DISCUSSION

La rupture spontanée de la rate est rare en dehors d’un contexte post-traumatique. Sa prévalence dans la population générale est estimée entre 0,1 % et 0,5 % [5]. Les hommes sont deux fois plus touchés que les femmes. L’âge moyen est de 22 ans, mais elle peut survenir à tout âge [6]. Dans environ un tiers des cas, des signes de choc sont présents lors du premier examen. Dans 9 % des cas, les patients décèdent avant d’être opérés [6].

Les causes des RNTR (Ruptures Non Traumatiques de la Rate) [7] sont dominées par les maladies infectieuses : Mononucléose Infectieuse (MNI) et paludisme (30 %), les hémopathies malignes (27 %), les tumeurs spléniques solides ou bénignes (11 %), les pathologies digestives comme la pancréatite ou l’hypertension portale (10 %), les causes rhumatologiques (4 %) et l’insuffisance rénale au stade de dialyse (3 %). Dans près de 5 % des cas, aucune cause évidente n’est identifiée.

La forme typique est aiguë et imprévisible, bien qu’il existe des formes progressives. Le diagnostic repose sur la présentation clinique et le scanner abdominal [8]. Le dogme classique de la splénectomie tend aujourd’hui à être remplacé par une approche médicale conservatrice et/ou radio-interventionnelle. Cette option est réservée à des patients sélectionnés selon des critères clinico-biologiques stricts et nécessite un suivi clinique et radiologique prolongé [9].


CONCLUSION

La rupture spontanée de la rate est une urgence médico-chirurgicale extrêmement rare pouvant engager le pronostic vital du patient. Le scanner abdominal constitue un pilier essentiel pour le diagnostic et la stratégie thérapeutique. Grâce aux progrès de la réanimation et de la radiologie interventionnelle, la splénectomie d’hémostase est désormais réservée aux cas extrêmes, permettant d’éviter une immunosuppression induite et ses répercussions sur la qualité de vie des patients.


INFORMATIONS COMPLÉMENTAIRES

  • Contributions des auteurs : Tous les auteurs ont activement participé à la rédaction, à la révision du manuscrit et ont approuvé cette version finale révisée.

  • Consentement éclairé : Un consentement éclairé écrit a été obtenu de la part du patient.

  • Conflit d’intérêts : Les auteurs déclarent n’avoir aucun conflit d’intérêts.


RÉFÉRENCES (1 à 9)

  1. Kinderknecht JJ. Mononucléose infectieuse et rate. Curr. Sports Med Rep. 2002;1:116-120.

  2. Smith EB, Custer RP. Rupture de la rate dans la mononucléose infectieuse. Blood. 1946;1:317-333.

  3. Heath Jr. CW, et al. Mononucléose infectieuse dans une population générale. Am. J Epidemiol. 1972;95:46-52.

  4. Jenni F, et al. Prise en charge non chirurgicale de la rupture splénique compliquée. Am J Emerg. Med. 2013.

  5. Abbadi SE, et al. Rupture spontanée de la rate : À propos d’un cas et revue de la littérature. Pan Afr. Med J. 2017.

  6. Bartlett R, et al. Rupture splénique dans la mononucléose infectieuse. Injury. 2016;47(3):531-538.

  7. Kianmanesh R, et al. Ruptures non traumatiques de la rate : trois nouveaux cas et revue de la littérature. Annales de Chirurgie. 2003.

  8. Brichkov I, et al. Prise en charge non opératoire de la rupture splénique spontanée. Am Surg. 2006;72:401-404.

  9. Halkic N, et al. Rupture splénique spontanée traitée par embolisation de l’artère splénique. Can J Surg. 2004;47:221-222.


Comment citer cet article

Mohamed Y. Rupture spontanée de la rate : une cause inattendue et un traitement spécifique. International Journal of Case Reports in Surgery. 2024 ; 6(1) : 25-26.

Licence Creative Commons (CC)

Il s’agit d’une revue en libre accès (Open Access), et les articles sont distribués selon les termes de la licence internationale Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 (CC BY-NC-SA 4.0). Cette licence permet à des tiers de remixer, d’adapter et de s’appuyer sur ce travail à des fins non commerciales, à condition que le crédit approprié soit accordé et que les nouvelles créations soient publiées sous les mêmes conditions de licence.



logo-dr-yassine-mohamed-chirurgien-al-hoceima

Le Dr. YASSINE Mohamed, spécialiste en Chirurgie Générale et Digestive, assure une prise en charge médicale spécialisée et multidisciplinaire. Fort d'une expertise académique acquise au sein des facultés de médecine de Rabat, Tanger et Lyon, il privilégie une approche clinique rigoureuse et des techniques opératoires de haute précision (coelioscopie) . Son engagement scientifique repose sur l'application de protocoles rigoureux pour garantir la sécurité opératoire et le rétablissement optimal de chaque patient.

Copyright © 2026 Cabinet de Chirurgie Générale et Digestive. Tous droits réservés.